“Et encore, nous on est privilégié!”

“Allo, ça va vous?”

 

« Allô ? ça va vous ? –C’est pas facile le confinement. Et encore, nous on est privilégié… ! »

S’en suit alors toute une liste de possibles justifications à ces propos :

  • On habite à la campagne…
  • On a un jardin…
  • Imagine ceux qui vivent dans un appartement à 4 !
  • Quand on pense au personnel soignant…
  • Quand on pense aux personnes qui ont perdu des êtres chers.

 

Bien sûr, je n’invite pas à comparer ce qui n’est pas comparable! D’ailleurs je vous invite à ne pas comparer!

Néanmoins, cette petite phrase récurrente a attiré mon attention depuis ces dernières semaines.

 

Je m’estime « privilégiée » !

 

Moi la première! Pour autant, je m’interroge sur le côté quasi automatique de cette phrase. En tendant un peu l’oreille, j’entends : « cette période est difficile, mais je n’ai pas le droit de me plaindre, d’autres personnes souffrent plus que moi. » Et c’est très certainement le cas.

Mais est-ce une raison suffisante pour balayer la difficulté d’un revers de manche ?

Je ne suis évidemment pas en train de vous inviter à vous rouler avec délectation dans des sentiments négatifs ! Il s’agit plutôt d’accueillir ce que vous ressentez sans hiérarchiser avec ce que vous pensez que ressent le voisin (qui lui-même se pense sans doute « privilégié »!).
A mon sens, le « et encore, nous on est privilégié », invite d’avantage à ce juger «  pfff, de quoi je me plains? On n’est pas les plus malheureux !», qu’à accueillir avec bienveillance ses émotions.

Parce que, OUI, le confinement, même dans une grande maison à la campagne, même sans avoir de proche touché (…) ça peut être difficile, éprouvant…

Et que plutôt que de se flageller, il est possible de faire de la place à ce qui se vit dans sa globalité.

 


« Je me sens chanceuse de pouvoir profiter librement de mon jardin avec les enfants, et en même temps, je me sens inquiète, j’ai besoin de réconfort face à mes incertitudes »


 

« En même temps »

 

Ces quelques mots, vous invitent à être authentique dans l’écoute de ce que vous ressentez, dans votre globalité et complexité. Le corps sera pour ça un outil très précieux. Vous pouvez, par exemple, réaliser une lecture du corps et écrire vos sensations, émotions, pensées comme dans un journal de bord.

Vous pouvez également partager de ce que vous ressentez de façon authentique, pour être pleinement soi, y compris avec les autres. Vous serez peut-être (sûrement) surpris de voir que ce que vous ressentiez est partagé par certains de vos proches, vos collègues, vos amis.

La distance n’empêche pas les relations de se nourrir et de se renforcer.

Prenez soin de vous, et de tout ce qui fait que vous êtes vous.

A bientôt
Marie